Accéder au contenu principal

Articles

  Après 50 ans, l'entraînement : fardeau ou nécessité ? La mauvaise question. Il y a des matins où tu te lèves et ton corps te rappelle, sans ménagement, que les années ne sont pas abstraites. Le dos parle avant toi. Les genoux commentent chaque escalier. Les mains qui ont frappé des milliers de fois portent dans leurs articulations le registre complet de ce qu'elles ont traversé. Et dans ces matins-là, une question surgit, sournoise, presque raisonnable, qui ressemble à ceci : est-ce que ça vaut encore la peine ? C'est une question piège. Pas parce qu'elle est idiote, mais parce qu'elle contient déjà une erreur fondamentale dans sa formulation. Elle suppose que l'entraînement est une chose extérieure à soi, quelque chose qu'on évalue comme on évalue un abonnement ou un contrat, quelque chose dont on peut décider de se séparer si le rapport coût-bénéfice devient défavorable. Elle suppose que tu étais là avant l'entraînement, et que tu seras encore là a...
Les Géants de Papier Il y a des matins où je ne veux pas y aller. Quarante ans. Quarante ans de tatami, de fonte, de sueur froide dans des salles mal chauffées, de douleurs consenties et de joies silencieuses que personne autour de moi ne comprendrait vraiment. Quarante ans à me lever quand d'autres dormaient encore, à continuer quand d'autres abandonnaient sans même s'en rendre compte, à choisir délibérément l'effort quand le confort tendait les bras avec une douceur presque irrésistible. Et pourtant, certains matins, je reste assis sur le bord du lit, les yeux dans le vide, sans envie. Sans feu. Sans rien qui ressemble à ce que je suis censé être. Est-ce une trahison ? Est-ce la preuve que tout ce chemin n'a servi à rien, ou pire, qu'il n'a servi qu'à construire une illusion confortable ? Que sous le vernis du guerrier, il n'y a qu'un homme ordinaire, fragile, traversé comme les autres par les mêmes doutes et les mêmes absences ? Que nous so...
Le sourire obligatoire : pour en finir avec le positivisme de façade Note liminaire Cet essai dormait depuis plusieurs mois dans un tiroir. Je l'avais commencé par agacement, je le publie par conviction. Entre les deux, il y a eu de la lecture, de la réflexion, et quelques matins de dojo où les questions philosophiques se posent avec une clarté que les bibliothèques n'offrent pas toujours. Ce que vous allez lire n'est pas un article de développement personnel. C'est une tentative honnête de regarder en face quelque chose qui se présente comme une solution et qui ressemble de plus en plus, à l'examen, à un problème. I. Le règne du sourire obligatoire Il y a des idées qui colonisent une époque sans qu'on leur ait jamais demandé leurs papiers. Elles arrivent, s'installent, tapissent les murs, se glissent dans le langage quotidien, et finissent par passer pour des évidences alors qu'elles ne sont que des modes habillées en sagesse. Le positivisme contem...
Ce que le Mexique m'a appris sur la vie par David Salucci Il y a des rencontres qui ne ressemblent à rien de ce qu'on avait prévu. Pas parce qu'elles arrivent par surprise, toutes les rencontres arrivent par surprise, mais parce qu'elles emportent avec elles, sans qu'on s'en aperçoive sur le moment, une part de ce qu'on deviendra. On croit croiser quelqu'un. On est en train de croiser sa propre vie future. Il y a treize ans, j'ai rencontré une femme. Mexicaine. Le genre de femme dont on sent immédiatement qu'elle n'est pas ordinaire, non pas parce qu'elle cherche à l'être, mais précisément parce qu'elle n'y pense pas. Je n'ai pas pensé une seule seconde, ce jour-là, que cette rencontre durerait treize ans. Je n'ai pas pensé qu'elle changerait ma géographie intérieure autant que ma géographie réelle. Je n'ai pas pensé qu'à travers elle, un pays entier allait s'ouvrir devant moi comme une évidence que j...