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Ne jamais lâcher ce qu'on aime. Jamais. Il y a une question que personne ne pose franchement parce qu'elle est trop inconfortable pour être posée dans les dîners ou les conversations de surface. La voici : qu'est-ce qui restera de toi quand la fougue sera passée, quand l'enthousiasme des autres se sera détourné vers quelque chose de plus neuf, quand les années auront commencé leur travail silencieux sur ton corps et sur ton énergie ? Qu'est-ce qui restera quand les appuis extérieurs auront disparu un à un, comme ils disparaissent toujours ? La réponse, si on a vécu de la bonne façon, est simple. Il restera ce qu'on a construit. Ce qu'on a choisi, séance après séance, jour après jour, sans attendre la permission de personne ni la validation d'un regard extérieur. Il restera la pratique. Et la pratique, quand elle a été nourrie avec constance et avec amour pendant des décennies, devient quelque chose qu'aucune circonstance extérieure ne peut confisqu...
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Se recentrer. L'art oublié de revenir à soi. Il y a des semaines qui ressemblent à des courants. On y entre sans s'en apercevoir, on est emporté avant d'avoir compris ce qui se passait, et on se retrouve un vendredi soir épuisé, sans savoir exactement par quoi, sans pouvoir nommer précisément ce qui a pris toute cette énergie. Le corps est là, fonctionnel, mais quelque chose d'essentiel s'est dilué dans l'agitation. Une présence à soi-même qui s'est effritée jour après jour sans qu'on ait pris le temps de s'en apercevoir. Je connais cet état. Je l'ai traversé de nombreuses fois, malgré des décennies de pratique martiale, malgré une discipline de vie construite avec soin, malgré tout ce que j'ai appris sur la maîtrise de soi. Parce que la vie moderne ne fait pas de distinction entre ceux qui savent se recentrer et ceux qui ne le savent pas. Elle pousse tout le monde avec la même intensité indifférente. Ce qui change, ce n'est pas la pres...
  L'amour a cessé de rêver. Et nous aussi. Il y a eu un moment précis dans l'histoire des relations humaines où quelque chose s'est éteint. Pas brutalement, pas avec le fracas d'une rupture visible. Doucement, par petites capitulations successives, par abandons consentis dont chacun semblait raisonnable pris isolément et dont l'accumulation a produit quelque chose d'inquiétant. Nous avons cessé de faire rêver. Nous avons cessé d'essayer. Nous avons remplacé le désir de l'autre par la gestion de l'autre, et nous avons appelé ça de la maturité. Ce n'est pas de la maturité. C'est de la résignation habillée en sagesse. Je veux parler de quelque chose que tout le monde ressent mais que peu de gens nomment clairement parce que le nommer implique de reconnaître une perte, et que reconnaître une perte oblige à se demander ce qu'on a laissé mourir et pourquoi. Je veux parler de la disparition du romantisme, pas comme genre littéraire ou comme é...
  Le corps est le premier argument Avant que tu ouvres la bouche, les gens ont déjà décidé quelque chose à ton sujet. Avant que tu aies prononcé un seul mot, avant que tu aies exposé une seule idée, avant que tu aies démontré quoi que ce soit par le raisonnement ou par l'expérience, il y a eu un jugement. Rapide, souvent inconscient, mais réel et opérant. Ce jugement ne porte pas sur ce que tu penses. Il porte sur ce que tu es. Et ce que tu es, dans les premières secondes, se lit entièrement dans ce que ton corps donne à voir. C'est une vérité que les gens instruits ont parfois du mal à accepter parce qu'elle semble contredire une conviction qu'ils tiennent pour acquise : celle que les idées ont une valeur indépendante de celui qui les exprime, que le fond prime toujours sur la forme, que la substance d'un argument devrait suffire à le faire entendre. Cette conviction est belle. Elle est juste dans l'absolu. Et elle est, dans la réalité concrète des relations ...
  Le karaté a trahi sa propre âme. Il est temps de la lui rendre. Il y a une question que je me pose depuis des années, une question qui s'est imposée à moi avec une acuité croissante au fil des décennies, et que je n'ai jamais cessé de retourner dans tous les sens parce qu'elle touche à quelque chose que j'aime profondément et que je vois se dénaturer sous mes yeux depuis trop longtemps. La question est celle-ci : comment une discipline qui porte en elle l'une des philosophies de vie les plus riches et les plus exigeantes que l'humanité ait jamais produites a-t-elle pu se laisser réduire à un sport de compétition comme un autre ? Comment le karaté, cette voie née dans les dojos d'Okinawa et affinée pendant des siècles dans la tradition japonaise du Budō, a-t-il pu finir sur les tatamis olympiques à courir après des points avec des protections sur les mains et des arbitres qui lèvent des drapeaux ? Comment est-on passé du dojo comme espace de transformatio...