Ne jamais lâcher ce qu'on aime. Jamais. Il y a une question que personne ne pose franchement parce qu'elle est trop inconfortable pour être posée dans les dîners ou les conversations de surface. La voici : qu'est-ce qui restera de toi quand la fougue sera passée, quand l'enthousiasme des autres se sera détourné vers quelque chose de plus neuf, quand les années auront commencé leur travail silencieux sur ton corps et sur ton énergie ? Qu'est-ce qui restera quand les appuis extérieurs auront disparu un à un, comme ils disparaissent toujours ? La réponse, si on a vécu de la bonne façon, est simple. Il restera ce qu'on a construit. Ce qu'on a choisi, séance après séance, jour après jour, sans attendre la permission de personne ni la validation d'un regard extérieur. Il restera la pratique. Et la pratique, quand elle a été nourrie avec constance et avec amour pendant des décennies, devient quelque chose qu'aucune circonstance extérieure ne peut confisqu...
Se recentrer. L'art oublié de revenir à soi. Il y a des semaines qui ressemblent à des courants. On y entre sans s'en apercevoir, on est emporté avant d'avoir compris ce qui se passait, et on se retrouve un vendredi soir épuisé, sans savoir exactement par quoi, sans pouvoir nommer précisément ce qui a pris toute cette énergie. Le corps est là, fonctionnel, mais quelque chose d'essentiel s'est dilué dans l'agitation. Une présence à soi-même qui s'est effritée jour après jour sans qu'on ait pris le temps de s'en apercevoir. Je connais cet état. Je l'ai traversé de nombreuses fois, malgré des décennies de pratique martiale, malgré une discipline de vie construite avec soin, malgré tout ce que j'ai appris sur la maîtrise de soi. Parce que la vie moderne ne fait pas de distinction entre ceux qui savent se recentrer et ceux qui ne le savent pas. Elle pousse tout le monde avec la même intensité indifférente. Ce qui change, ce n'est pas la pres...