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Articles

Affichage des articles du mai, 2026
  Le karaté a trahi sa propre âme. Il est temps de la lui rendre. Il y a une question que je me pose depuis des années, une question qui s'est imposée à moi avec une acuité croissante au fil des décennies, et que je n'ai jamais cessé de retourner dans tous les sens parce qu'elle touche à quelque chose que j'aime profondément et que je vois se dénaturer sous mes yeux depuis trop longtemps. La question est celle-ci : comment une discipline qui porte en elle l'une des philosophies de vie les plus riches et les plus exigeantes que l'humanité ait jamais produites a-t-elle pu se laisser réduire à un sport de compétition comme un autre ? Comment le karaté, cette voie née dans les dojos d'Okinawa et affinée pendant des siècles dans la tradition japonaise du Budō, a-t-il pu finir sur les tatamis olympiques à courir après des points avec des protections sur les mains et des arbitres qui lèvent des drapeaux ? Comment est-on passé du dojo comme espace de transformatio...
L'homme qui disparaît dans ses vêtements Il y a une image qui ne me quitte pas depuis longtemps. Une photographie en noir et blanc, comme il en existait des milliers dans les familles de nos grands-parents. Un dimanche d'été, quelque part en Europe, dans une ville ordinaire qui n'avait rien de remarquable. Des hommes et des femmes se promènent. Les femmes portent des robes légères, certaines tiennent une ombrelle. Les hommes sont en costume, chapeau à la main ou posé avec précision sur la tête, chaussures cirées, chemise blanche. Ils ne vont nulle part de particulier. Ils se promènent, simplement. Et ils se sont habillés pour le faire. Cette image dit quelque chose d'essentiel sur ce que l'élégance était autrefois : non pas une exception réservée aux grandes occasions, mais une posture ordinaire, un rapport au monde que l'homme maintenait jusque dans ses moments les plus anodins parce qu'il comprenait, sans nécessairement le formuler, que la façon dont on ...
  Les réseaux sociaux et l'intégrité intellectuelle : survivre à la fureur des autres sans perdre la sienne Il y a une scène qui se répète avec une régularité presque comique depuis que j'ai décidé de rendre ma pratique et ma pensée visibles sur les réseaux. Tu publies quelque chose qui t'a demandé du travail, de la réflexion, parfois de la vulnérabilité. Quelque chose d'honnête. Quelque chose d'utile, du moins tu l'espères. Et dans les heures ou les jours qui suivent, au milieu des retours sincères et des échanges qui valent vraiment la peine, surgit l'autre chose. Le commentaire acide. La critique qui ne critique rien de précis mais qui crache dans la direction générale. L'envieux qui ne dit pas qu'il est envieux mais dont chaque mot suinte le ressentiment d'un homme qui ne fait pas ce qu'il voudrait faire et qui ne te le pardonne pas. La première fois, ça surprend. La deuxième fois, ça agace. La centième fois, ça devient un sujet de réflex...
Servir de modèle : flatter son ego ou allumer un phare ? Il y a une question que je ne me suis pas posée pendant longtemps. Pas par manque de lucidité, mais parce qu'elle ne se posait pas encore avec cette acuité particulière que l'âge finit toujours par apporter aux questions qu'on avait esquivées. La question est celle-ci : quand je partage ce que je vis, ce que je pratique, ce que je pense encore capable de faire à un âge où d'autres rangent les gants, est-ce que je cherche à me voir admiré ou est-ce que je cherche à être utile ? Est-ce que je tends la main ou est-ce que je prends la pose ? C'est une question inconfortable. Et les questions inconfortables sont les seules qui méritent qu'on s'y attarde vraiment. Je vais répondre honnêtement, ce qui implique de commencer par admettre que les deux sont vrais simultanément, au moins en partie, au moins certains jours. L'honnêteté philosophique n'est pas l'art de se déclarer pur. C'est l...