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Articles

Affichage des articles du août, 2026
On ne peut pas faire justice soi-même. Jamais. Et voici pourquoi. L'actualité nous place parfois devant des situations qui réveillent en nous quelque chose de primitif et de compréhensible. La colère face à l'injustice. L'indignation devant ce que les institutions semblent incapables de réparer. L'envie viscérale que quelqu'un paie, que les comptes soient soldés, que la balance penche enfin du bon côté après avoir trop longtemps été truquée. Ces sentiments sont humains. Ils sont même, dans leur origine, le signe d'une conscience morale qui fonctionne et qui refuse de s'accommoder de ce qui ne devrait pas être. Mais entre ressentir ces sentiments et passer à l'acte en se substituant à la justice, il y a une ligne. Une ligne que je refuse de franchir et que je refuse de voir franchir sans le dire clairement. Pas par naïveté. Pas par respect aveugle pour des institutions qui méritent souvent la critique la plus sévère. Par conviction profonde, philosophiq...
Quand l'Amérique a volé les arts martiaux. Et les a rendus différents. Il y a une question que peu de pratiquants sérieux osent poser ouvertement parce qu'elle touche à quelque chose qui ressemble à une hérésie dans les milieux traditionnels. Cette question est la suivante : est-ce que les États-Unis, pays sans tradition martiale propre, sans siècles de transmission codifiée, sans maîtres fondateurs issus d'une culture millénaire du combat, ont fait quelque chose d'important avec les arts martiaux qu'ils ont importés ? Quelque chose qui a fait avancer la discipline plutôt que simplement la commercialiser ? Ma réponse, après des décennies de pratique et d'observation honnête, est oui. Avec toutes les nuances que ça implique. Et avec la reconnaissance lucide que cet apport américain, aussi réel soit-il, ne s'est pas fait sans une forme d'appropriation qui mérite elle aussi d'être nommée clairement. Voilà le sujet complexe que je veux traiter aujourd...
Quand le corps s'arrête. Ce que le silence forcé enseigne à ceux qui n'ont jamais appris à s'arrêter. Il y a des moments dans une vie qui font office de frontière. Avant et après. Des moments qui ne demandent pas votre permission pour arriver, qui ne tiennent aucun compte de vos projets ni de vos convictions sur ce que vous êtes capable de traverser, et qui posent sur votre existence une ligne de démarcation aussi réelle que brutale. D'un côté, l'homme que vous étiez. De l'autre, l'homme que vous allez devoir décider d'être. Je suis en train de traverser un de ces moments. Pas de l'autre côté. En plein milieu. Dix jours derrière moi sur soixante prescrits. Une thrombose qui a dégénéré. Une embolie pulmonaire. Des mots techniques, cliniques, froids, qui ne disent rien de ce qu'on ressent quand le corps dans lequel on habite depuis cinquante ans décide soudainement de jouer contre soi. Quand ce corps que j'ai formé, discipliné, poussé dans ...
  Vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie. Ce n'est pas un slogan. C'est un choix. Je vais commencer par la question que j'aurais dû me poser plus tôt, et que je me pose maintenant avec l'honnêteté que l'âge finit toujours par imposer à ceux qui ont encore la lucidité de l'écouter. Pourquoi je fais tout ça ? Les médias, les projets qui s'enchaînent, les livres, le blog, les guides digitaux lancés sur un marché que je ne connaissais pas, les réseaux sociaux pris à bras le corps alors que ma génération aurait eu toutes les raisons de les laisser aux autres. Pourquoi ce mouvement permanent, cette incapacité constitutionnelle à rester quiete, cette envie chronique de démarrer quelque chose de nouveau quand le projet précédent n'est pas encore terminé ? Ego ? Besoin de reconnaissance ? Peur du silence ? Je pourrais dire non d'emblée et passer à autre chose. Ce serait plus confortable. Ce serait aussi probablement inexact. Parce que l'ego existe, je...
  Fontainebleau. Ce que la forêt m'a appris avant que je sache que j'apprenais. Il y a des endroits qui vous forment sans vous demander votre permission. Des endroits dont la nature même est si dense, si présente, si exigeante qu'elle s'imprime dans vous à une profondeur que vous ne mesurez pas sur le moment. Vous n'y pensez pas parce que vous avez dix-sept ans, que vous êtes en treillis depuis l'aube, que le froid de l'automne pique les mains à travers les gants, et que la seule chose qui compte c'est de rester vigilant, de surveiller, d'intervenir si ça dégénère. Vous n'avez pas le loisir d'être poétique. La forêt s'en fiche. Elle travaille quand même. Elle dépose en vous ce qu'elle a à déposer, et vous le retrouvez des décennies plus tard, intact, dans des endroits de vous-même que vous n'aviez pas identifiés. La forêt de Fontainebleau est l'un de ces endroits-là pour moi. Et quand j'ai appris l'incendie qui l...