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Articles

Affichage des articles du avril, 2026
Les Géants de Papier Il y a des matins où je ne veux pas y aller. Quarante ans. Quarante ans de tatami, de fonte, de sueur froide dans des salles mal chauffées, de douleurs consenties et de joies silencieuses que personne autour de moi ne comprendrait vraiment. Quarante ans à me lever quand d'autres dormaient encore, à continuer quand d'autres abandonnaient sans même s'en rendre compte, à choisir délibérément l'effort quand le confort tendait les bras avec une douceur presque irrésistible. Et pourtant, certains matins, je reste assis sur le bord du lit, les yeux dans le vide, sans envie. Sans feu. Sans rien qui ressemble à ce que je suis censé être. Est-ce une trahison ? Est-ce la preuve que tout ce chemin n'a servi à rien, ou pire, qu'il n'a servi qu'à construire une illusion confortable ? Que sous le vernis du guerrier, il n'y a qu'un homme ordinaire, fragile, traversé comme les autres par les mêmes doutes et les mêmes absences ? Que nous so...
Le sourire obligatoire : pour en finir avec le positivisme de façade Note liminaire Cet essai dormait depuis plusieurs mois dans un tiroir. Je l'avais commencé par agacement, je le publie par conviction. Entre les deux, il y a eu de la lecture, de la réflexion, et quelques matins de dojo où les questions philosophiques se posent avec une clarté que les bibliothèques n'offrent pas toujours. Ce que vous allez lire n'est pas un article de développement personnel. C'est une tentative honnête de regarder en face quelque chose qui se présente comme une solution et qui ressemble de plus en plus, à l'examen, à un problème. I. Le règne du sourire obligatoire Il y a des idées qui colonisent une époque sans qu'on leur ait jamais demandé leurs papiers. Elles arrivent, s'installent, tapissent les murs, se glissent dans le langage quotidien, et finissent par passer pour des évidences alors qu'elles ne sont que des modes habillées en sagesse. Le positivisme contem...
Ce que le Mexique m'a appris sur la vie par David Salucci Il y a des rencontres qui ne ressemblent à rien de ce qu'on avait prévu. Pas parce qu'elles arrivent par surprise, toutes les rencontres arrivent par surprise, mais parce qu'elles emportent avec elles, sans qu'on s'en aperçoive sur le moment, une part de ce qu'on deviendra. On croit croiser quelqu'un. On est en train de croiser sa propre vie future. Il y a treize ans, j'ai rencontré une femme. Mexicaine. Le genre de femme dont on sent immédiatement qu'elle n'est pas ordinaire, non pas parce qu'elle cherche à l'être, mais précisément parce qu'elle n'y pense pas. Je n'ai pas pensé une seule seconde, ce jour-là, que cette rencontre durerait treize ans. Je n'ai pas pensé qu'elle changerait ma géographie intérieure autant que ma géographie réelle. Je n'ai pas pensé qu'à travers elle, un pays entier allait s'ouvrir devant moi comme une évidence que j...
Transmettre le Feu. L'Art d'Enseigner, l'Art d'Apprendre. par David Salucci Il existe une question qui hante tout homme ayant consacré une partie significative de son existence à un art, à un métier, à une discipline quelconque : celle de savoir si ce qu'il a reçu, construit et compris au fil des années peut véritablement passer dans l'autre. Non pas être copié, imité ou reproduit mécaniquement, mais transmis dans son essence vivante, comme on passe une flamme d'une torche à une autre sans que la première ne s'éteigne. Cette question n'est pas technique. Elle est profondément philosophique, et peut-être même spirituelle. Je me souviens de mes premiers cours de karaté, enfant encore mal dégrossi, les yeux ronds, le souffle court, regardant mon premier sensei se mouvoir avec une économie de geste qui me semblait relever du miracle. Je ne comprenais pas ce qu'il faisait. Je ne pouvais pas encore le nommer. Mais je le ressentais. Quelque chose da...