Il arrive un moment dans l'existence, impossible à dater précisément, mais reconnaissable à une certaine qualité de silence intérieur, où l'on cesse de se projeter vers un hypothétique " plus tard " pour commencer à contempler ce que le temps a réellement fait de nous. Non pas dans un mouvement de régression nostalgique, mais dans un geste d'examen lucide et, osons le mot, de gratitude paradoxale. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est bien plus grave et bien plus beau : c'est un examen de conscience à ciel ouvert. Le temps ne discute pas, ne négocie jamais, n'accorde aucun sursis. Il avance avec cette autorité implacable des forces naturelles qui ne connaissent ni pitié ni cruauté, simplement l'indifférence majestueuse de ce qui est. Il taille dans le vif, trie sans appel, élimine le superflu, et c'est précisément cette intransigeance qui lui confère son autorité souveraine sur nos destinées. J'ai mis longtemps, des décennies, en vérité...